Observer la faune sans la déranger

Rencontrer un animal sauvage est souvent l’un des moments les plus marquants d’une sortie en nature. Un chamois sur une crête, un cerf à la lisière d’une forêt ou un rapace qui traverse le ciel peuvent transformer une simple promenade en véritable souvenir.

Mais observer la faune demande aussi de savoir trouver la bonne distance. Une rencontre réussie n’est pas forcément celle où l’on s’est approché le plus près : c’est avant tout celle durant laquelle l’animal a pu continuer à vivre normalement malgré notre présence.

Chamois observé à distance dans son milieu naturel

Comme nous l’évoquions dans notre article consacré aux loisirs de nature et à la faune sauvage, quelques comportements simples permettent déjà de limiter considérablement notre impact.

La bonne distance est celle que l’animal accepte

Il n’existe pas une distance unique valable pour toutes les espèces et dans toutes les situations. Le comportement de l’animal reste souvent notre meilleur indicateur.

Un animal qui interrompt son alimentation, relève brusquement la tête, reste longuement en alerte, change de direction ou cherche à s’éloigner nous indique que notre présence commence à influencer son comportement.

Dans ce cas, inutile de chercher à gagner encore quelques mètres. Il est préférable de s’arrêter ou de reprendre de la distance.

Cette approche rejoint notamment le code de conduite d’ornitho.ch, qui recommande de conserver une distance d’observation suffisante afin de réduire au minimum les dérangements et d’éviter de provoquer l’envol des oiseaux.

Des jumelles ou une longue-vue permettent justement de profiter d’une observation sans devoir entrer davantage dans l’espace de l’animal. L’objectif n’est finalement pas de savoir jusqu’où nous pouvons nous approcher, mais à partir de quelle distance nous pouvons observer sans modifier la scène qui se déroule devant nous.

Le moment compte autant que la distance

La sensibilité de la faune varie également selon les saisons.

En hiver, de nombreux animaux doivent limiter leurs dépenses énergétiques alors que les ressources disponibles sont réduites. Une fuite provoquée par une présence humaine représente une dépense supplémentaire qui peut devenir problématique lorsqu’elle se répète. Les périodes de reproduction, de mise bas ou d’élevage des jeunes constituent également des moments particulièrement sensibles. L’Office fédéral de l’environnement rappelle ainsi l’importance de préserver des espaces de tranquillité pendant ces périodes.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut renoncer à observer la nature. Il s’agit plutôt d’adapter son comportement : respecter les zones de tranquillité et les restrictions locales, rester sur les itinéraires prévus, éviter de s’attarder à proximité d’un jeune ou d’un site de reproduction et ne pas poursuivre un animal qui cherche à s’éloigner.

Savoir mettre fin à une observation fait parfois pleinement partie de l’observation elle-même.

Le brame du cerf : observer un moment sensible

À l’automne, le brame du cerf attire naturellement de nombreux curieux. Entendre résonner le brame dans une forêt ou apercevoir un cerf durant cette période constitue une expérience particulièrement impressionnante.

Mais le brame correspond aussi à une période essentielle du cycle de reproduction de l’espèce. L’envie de s’approcher, de suivre un animal ou de rechercher un meilleur point de vue peut alors transformer une observation respectueuse en dérangement.

Rester à distance, éviter de quitter les itinéraires pour se rapprocher et accepter parfois de simplement écouter, permettent de profiter pleinement de ce moment sans chercher à entrer dans la scène.

C’est d’ailleurs l’approche que nous privilégions lors de nos sorties consacrées au brame du cerf : observer et écouter tout en conservant la tranquillité dont les animaux ont besoin.

Le brame illustre finalement une règle valable bien au-delà du cerf : la rencontre n’a pas besoin d’être proche pour être exceptionnelle.

Photographier sans poursuivre

La photographie animalière permet de prolonger une rencontre et parfois de révéler des comportements que l’on aurait à peine remarqués à l’œil nu. Mais obtenir une image ne devrait jamais devenir plus important que l’animal photographié.

Suivre un animal qui s’éloigne, contourner sa position pour tenter de se rapprocher, s’approcher d’un site de reproduction ou provoquer volontairement une réaction modifie précisément la scène que l’on souhaitait observer.

L’utilisation d’un téléobjectif permet au contraire de conserver une distance confortable. Et parfois, il faut simplement accepter que les conditions ne permettent pas de réaliser la photographie espérée.

Pro Natura recommande notamment de rester sur les chemins et itinéraires balisés, de ne pas déranger les animaux sauvages et de renoncer aux observations nocturnes accompagnées d’un flash.

Parfois, la meilleure photographie est donc celle que l’on décide de ne pas prendre.

Faut-il toujours partager l’endroit où l’on a observé un animal ?

Nos téléphones permettent aujourd’hui de partager instantanément une photographie, une vidéo et sa localisation. Cette possibilité contribue à faire découvrir la richesse de la nature, mais certaines observations méritent aussi de rester discrètes.

La localisation précise d’un nid, d’un site de reproduction ou d’une espèce particulièrement sensible peut attirer rapidement d’autres observateurs au même endroit.

Le code de conduite d’ornitho.ch invite ainsi à réfléchir avant de diffuser publiquement la présence d’un oiseau rare lorsque l’afflux d’observateurs risque de provoquer des dérangements. Certaines observations sensibles peuvent d’ailleurs être enregistrées comme données cachées.

Partager son émerveillement ne signifie donc pas nécessairement partager toutes les coordonnées d’une rencontre.

Observer, c’est aussi apprendre à comprendre

Sur le terrain, l’observation constitue une part essentielle du travail du Ranger. Avant de sensibiliser, d’expliquer ou d’intervenir, il faut souvent commencer par regarder : le comportement d’un animal, les indices de présence, les déplacements des visiteurs ou encore la façon dont un milieu est utilisé.

Cette attention permet ensuite de transmettre une autre façon d’approcher la faune, moins centrée sur la recherche de proximité et davantage sur la compréhension de ce que nous observons.

C’est aussi ce que nous cherchons à transmettre au travers de nos activités nature et de nos missions de sensibilisation.

Observer un chamois qui continue tranquillement à s’alimenter, un rapace qui poursuit son vol ou un cerf qui reste occupé à ses activités naturelles offre finalement quelque chose de plus précieux qu’une rencontre forcée : quelques instants de vie sauvage qui ont pu se dérouler presque comme si nous n’étions pas là.

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